Les "dernières" de Marrakech - janvier 2012
Guéliz, avenue de Safi, je coupe par derrière la maison pour arriver au centre névralgique, attractif, le nouveau Guéliz en mouvement.
j'aime aller prendre mon café "nuss-nuss" dans un des derniers endroit où les sièges sont encore en tubulaire alu et fausse paille. Ici, pas de touriste, pas de flonflon, pas de frime et surtout pas ces fauteuils en osier marron ou noir, l'élégance tendance, ah ah ah, celle à laquelle tout le monde se rallie, ici, à Paris, à Rennes, au Moulin Blanc de Brest, à Milan ou à New York. Le garçon du café en place depuis des décennies, adorable, gentil toujours. Le même.
Le Marché de Guéliz, disparu, démoli, pour laisser place à des grues gigantesques, un chantier innomable, et sur toute une partie de l'avenue, à l'endroit du chantier, une palissade grande classe, grand luxe. Sur fond noir laqué, une galerie de personnages, des Marrakchi, des pur jus, artistes, poissonnier, créateurs, désigneurs, chanteuse... nous chantent les louages du quartier en plein renouveau.. A chacun sa petite phrase. Des panneaux annonceurs des futurs immeubles, résidence très grand standing et des mots bizarres et ridicules : consulting, off-shoring, et plein d'autres mots aguicheurs en ing... aguicheurs pour qui ? moi, je ne sais pas de quoi ca parle.
Je quitte les lieux, mon café, je passe devant les Zara, Burburry, et toutes la cavalerie, les fontaines de luxes, les trottoirs de luxe, les pignoufs de luxe... et rejoint" l'hivernage" pour m'aérer la tête dans les jardins El Harti. Ici, on peut encore dormir sous son journal, ou admirer les cactuseraies, en devenir, en cours,.... étonnant paysage... autre déclinaison.
Je pars vers la Médina, et me repose auprès d'une fontaine à chevaux. Je croise le ravitailleur d'eau. Il travaille pour l'association SPANA. Celle qui s'occupe des animaux qui travaillent. A al Bahja, les chevaux de calèches bossent dur, les mulets aussi.
7 fontaines à chevaux de calèches sont réparties sur la ville et aux alentours. Spana gère aussi un centre de soin pour les animaux qui bossent.
en voilà deux qui s'aiment !!
Préambule et maquette le livre
En exclusivité, la peut-être couverture du livre, et le préambule pour entrer un tout petit peu par la grande petite porte .....
A paraître prochainement aux Editions de La RueNantaise.
Le livre 1 d'une histoire farfelue, merveilleuse et aléatoire dont l'action se déroule dans une ville rouge. Des terrasses aux bas fonds de la ville, des destins se croisent. Magouilles, révélations et déambulations joyeuses sillonnent ce roman jeunesse, sans limite d'âge, résolument optimiste.
Mon vieil oncle préféré me confia un jour que si la vieillesse lui tannait la peau et le rendait à moitié aveugle, il développait cependant une acuité extraordinaire à tous les éléments du monde. C’était un peu comme une extra lucidité. Il ressentait les choses et les gens si intensément qu’il ne savait pas s’il fallait s’en réjouir ou s’en inquiéter. Mais Omar savait toujours trouver la vie légère et poursuivait son chemin avec grâce et sérénité.
Il parlait peu, nos retrouvailles étaient toujours chaleureuses, empreintes de beaucoup de gaieté. Nous nous comprenions à demi mot, sans qu’il fut nécessaire d’engager de grandes conversations. Peut-être était ce dû au fait que j’avais encore quelques difficultés à parler sa langue, puisque j’habitais dans un autre pays. Qu’importe, nous nous sommes adoptés un jour et pour toujours. Je lui rendais visite à chaque voyage, et les moments passés ensemble étaient délicieux. Je l’observais, le suivais dans ses pérégrinations, attentive et gourmande d’apprendre les doux savoir d’un homme simple et généreux, tendre et bienveillant.
Un jour où nous étions dans sa cabane à outils, je découvris au milieu de ses nombreux pièges de braconnier, un curieux objet fabriqué à partir de figues de barbarie.
- C’est un goliphone, me dit il le plus sérieusement du monde. Enfin, c’est un microphone pour Golinouilles, si tu veux, un talkie-walkie artisanal.
Rien ne m’étonnait vraiment de la part de Omar, son imagination n’avait pas de limite, mais je dus lui demander quelques explications, car je ne voyais pas du tout à quoi ce « goliphone » pouvait servir. Qui étaient les Golinouilles ? Etait-ce une nouvelle fantaisie de mon oncle espiègle ?
- Fais nous un peu de thé, je vais te raconter une histoire, et tu comprendras de quoi il s’agit.
Quelques théières plus tard, Omar s’était endormi, épuisé par le fabuleux récit qu’il venait de me faire.
Avant de s’assoupir, il me désigna gardienne et garante de son histoire et celle des Golinouilles.
- Tu peux en faire ce que tu veux, je te confie l’aventure, libre à toi de la retranscrire, et de la colporter, à ta façon, je sais que tu seras fidèle et loyale.
Mes vieux messieurs dignes et dissipés
Bien sûr, il y a Omar le Magnifique, l'oncle adoré, et héros de mon histoire sur la ville rouge. Et il y a tous ces personnages croisés, parfois accompagnés, un bout de route, lorsque l'un d'entre eux, aveugle se trompe de chemin. Ces dos voûtés et perclus de douleurs, mais qui dégagent tant de foi, de conviction, tant de confiance, bravant chevaux voitures et camions, leur cartable ou leur besace en bandouilière, le bout de carton pour prier.. un autre se faufile au milieux des touristes et se fout bien de la calèche, il doit s'asseoir, se ressourcer un peu, attendre une charité.
Un autre, plus riche s'assoira à la terrasse d'un café, et me sourira, surpris que j'engage la conversation, me questionnera à son tour, le visage lumineux.
Un autre, plus vaillant garde les vélos devant la Koutoubia, et passe le temps, en se coupant les ongles de pieds ou discute avec les passants.
Je ne sais quelle émotion me tenaille, mais ces vieux messieurs m'inspirent infiniment de tendresse, beaucoup de respect, m'interrogent, tout auréolés de mystères. Ils me font voyager dans des histoires venues d'ailleurs, intemporelles.
des oiseaux
Le peuple oiseaux... des années durant, je n'y faisais pas attention, tellement ils sont présent, et puis au fil du temps, je les ai regardé, leur ai parlé, les ai admirés, adorés ; les chanteurs qui partent de bon matin dans leur petite cage personnelle, accrochés à l'arrière de la mobylette, et accompagnent leur maître chanteur sur le chantier, dans la boutique, au souk, prennent place sur le mur d'à côté, pour la journée. Dès qu'il y a moment de libre, l'homme chante avec lui...
les tibibts, partout, dans les maisons, dans les rues, picorent, ravissent, et me regardent avec compassion.
Les cigognes m'impressionnent, oiseaux porte bonheur, majestueux, leurs énormes nids installés sur les minarets, les tourelles, les vieux lampadaires ou bout de feraille. Paisibles.
Les pigeons dans les trous, dans les pigeonniers sur les terrasses, qui s'entraînent le matin ou le soir, pour mieux concourrir et gagner les courses de distance.
Et les oiseleurs romantiques à tous les coins de ruelles...
et les poussins en brouettes , les coqs à la fenêtre, gardiens de la maison, à moins qu'il ne guette sa poule....
deux ans d'abandon (provisoire) de la vache qui rit....
..et pourtant, j'étais bien là, ici, là-bas, entre ciel et terre, sur mes terrasses, dans mes déserts, au milieu de la foule, dans mes quartiers populaires, à déambuler sans fin, à me délecter, me remplir et me conforter dans cette appartenance , toujours plus nourrie, plus ancrée.
Depuis deux ans, j'ai eu un bel appareil photo tout neuf, j'ai aussi fait des blogs, à droite à gauche, de çi de là, m'éparpillant, essayant le plus joli, le plus élégant, le plus toujours plus.
Depuis deux ans, j'ai écrit, créé une association, elle s'appelle Al Bahja, le surnom de Marrakech. Là encore, j'ai du faire sites et blogs à qui mieux mieux pour essayer de partager, plus et mieux.
Fin 2010, un livre est né : de l'autre côté de la ville rouge.... une histoire à dormir debout, peut-être, une histoire de chemins, de lutins, d'hommes justes, et d'antrhopologues, de cigognes, de rayons magiques, de brouettes, de taxis... et de toutes sortes de choses qui apparaissent déjà ici depuis la création du blog.
Et puis, j'ai croisé un champs de coquelicots, qui m'a chatouillé et donné envie de revenir ici.. après tout, ce blog est un joli moteur, et il est temps que je me remette dessus. Petit blog de mes débuts, je le récupère, et vais lui donner un peu de pâture.
Marrakech culture populaire de la Medina, un livre important
Je voudrais saluer ici un livre qui me paraît important et essentiel , justesse absolue dans l'observation de la ville rouge telle qu'elle est, telle qu'elle a été. Réflexions tellement pertinentes, profondes et enracinées , des dessins épurés et élégants.
A ceux qui aiment Marrakech , la vraie, la joyeuse, la souterraine, la populaire, je me permets de conseiller cet ouvrage d'une grande richesse.
Elzbieta et Hassan Jouad
Artiste plasticienne, née en Pologne, de mère française, Elzbieta a publié une cinquantaine d'albums illustrés édités principalement par l'École des loisirs et les Éditions du Rouergue. Elle est également l'auteur d'un ouvrage théorique sur l'écriture et l'illustration de livres pour enfants, L'Enfance de l'art, publié aux Éditions du Rouergue en 1997.
Originaire du Haut Atlas marocain, Hassan Jouad est linguiste et anthropologue. Ingénieur de recherche au Centre de Recherche sur les Arts et le Langage (EHESS / CNRS), il recueille et analyse depuis de nombreuses années les productions artistiques spontanées rurales et citadines du Maroc. Outre de nombreux articles dans des ouvrages et des revues spécialisées, il a publié La saison des fêtes dans une vallée du Haut Atlas (en collaboration) aux Éditions du Seuil et Le Calcul inconscient de l'improvisation aux Éditions Peeters.
Marrakech, culture populaire de la médina aux Editions du Rouergue
Marrakech encore....
Je suis à Marrakech, dans ma tête pour l'instant, car je suis un peu en France, et je me rends compte que je ne peux même pas en parler , sauf peut-être de ces matins de roi du monde où l'air est incroyablement pur,caresse la peau, gonfle le coeur, la douceur de l'aube chatouille tous les sens avant que la journée ne commence.
Après, il y aura la grande rigolade, ou la grande parade, ou même la grande pagaille ; Bahja (la joyeuse) se réveillera pour de bon, les odeurs vont se dresser sous les narines, le négoce va commencer, les coriandres vont être cisaillées, les bagnoles les scoots et mobylettes vont s'exciter, les piétons aussi, les touristes vont attraper des ampoules et râler.
On va penser à manger, on y pense dès le matin, après une crêpe au miel et huile d'olive, en prenant un café ou un jus.
Agitation fébrile, ballets de taxis - mes cher taxis, les fontaines vont oublier de verser leurs dernières larmes, mais qu'est ce qu'ils ont fait de nos fontaines, de cet extraordinaire structure hydraulique entretenue pendant des dynasties jusqu'à ce jour ??? des piscines ? énervement, écœurement.
Je retourne à mon matin, une pensée pour les femmes du souk des femmes, qui sortent en fin d'après midi, non, on ne vend pas des femmes, ce sont elles qui vendent, aux coins des échoppes ou des derbs, des bouts de tissus, des djellabas un peu moyennes, des restes de bijoux, des femmes forcément un peu seules pour se démener ainsi. L'une d'elle est allée à l'école avec mon mari, et nous saute dessus, embrassades, invitation à manger le couscous le lendemain. Elle est très fine, les yeux cernés de fatigue, et de khôl, elle se démène pour protéger sa marchandise, il pleut à verse, il faut trouver un parasol de fortune, des bouts de bâche. Il ne lui reste plus beaucoup de dents elle est très belle et se met en quatre pour me trouver un bout de tissu pour mes coussins ; j'ai envie de la prendre dans mes bras. On rigole, on se moque de tout, c'est Bahja.
Je passe à côté d'un cocher de calèche, la numéro 100, lui un ami, passablement moqueur, corrosif et clairvoyant, en poste d'observation depuis sa calèche, fait marrer tout le monde, gentil, et méchant, mais toujours dans l'élégance et l'humour. Un touriste cherche une piscine, il lui répond dans un éclat de rire aigu, que la piscine elle aussi cherche la piscine, il fait 45 degrés. On peut ne pas apprécier.
Dernière prière de la journée, le silence s'installe pour quelques secondes sur la place.
Mahalba : épicerie de rue + nectar d'avocat

Le fameux jus d'avocat se déguste généralement dans une "mahalba" (prononcer presque mahhalaba), toute petite épicerie équipée d'un banc ou un tabouret coincé entre le frigo et la porte d'entrée . Son nom vient de "halaib" (prononcer RRlip) le lait.
Autrefois, on apportait le lait à la ville, ainsi que le beurre dans ces petites échoppes, (et la vache qui rit....) nos anciennes crèmeries en quelque sorte. Puis peu à peu, les fruits, puis, les gâteaux confectionnés à la ferme ; le tout à vélo, ou charrette.
Aujourd'hui, le crémier sert le jus d'avocat ou de banane, des jus d'orange, de la pâtisserie, certains des crêpes faites sur place, accompagnées de vrai ou faux miel, d'huile d'olive ou d'argan . Immanquablement : la vache qui rit, les yaourts maison ou lait caillé dans des petits pots de verre et de plus en plus de jus sophistiqués presque toujours à base de lait, bourrés de vitamines, protéines - energie assurée, pure délectation. Les avocats agglutinés derrière les vitres des petites vitrines réfrigérées tiennent la dragée haute aux autres fruits ; choisis bien mûrs comme on choisirait son homard dans l'aquarium, ils terminent dans le gros shaker avec lait et sucre, le plus traditionnel et sans doute le meilleur, mousseux et onctueux à souhait. Je me souviens avoir fait découvrir ces merveilleux breuvages à des canadiennes éberluées , ah bon, il n'y a pas pareil chose aux Amériques ?, mais non, leur milk milkshake sensationnels ne rivaliseraient pas !
Dehors, les réserves de coca cola, pshitt et limonades en tous genres ....!! - un client attend le retour du crémier, parti faire sa prière. La bicyclette sert d'avertissement : je reviens dans un instant !
Cuisines et dépendances
A Essaouira comme dans de nombreux villages ou villes, on peut prendre ses repas dans des sortes de cuisines ouvertes, ou bien restaurants sans denrées - on peut apporter son manger et on vous le prépare.
A l'origine, et toujours d'actualité, ces cuisines de rue sont un moyen idéal de se restaurer : pour le pêcheur qui rentre de mer, ou n'importe quel travailleur en quête d'une nourriture cuisinée, copieuse et soignée. Et surtout la réponse à toutes les envies, à toute heure de la journée. Le tout est d'aller sur le marché généralement la porte à côté, ou sur le port, pour choisir de quoi mettre dans sa gamelle.
Choisir parmi ces merveilles quelques petites courgettes, aussi mignonnes que bonnes, des vraies, pas des gros machins gorgés d'eau, que du goût, les tomates plus le bouquet de coriandre, une tête d'ail violet, un ou deux oignons grenat, le citron confit, un petit poivron, un morceau de mouton choisi par le boucher, et hop, je rapporte tout ça à mon cuisinier, qui me prépare le tajine pendant que je lis mon journal au café du bout. S'il y a prière, il faudra attendre un peu plus. SI je suis pressée, je passe avec quelques petites dorades roses ou sardines selon arrivage, qu'il me grillera à sa façon sur ses braises. Si je suis encore plus pressée, je peux aussi me préparer ma salade à ses côtés.
Une fois le petit délai d'attente , je rentre dans l'antre, passe près des fourneaux , les trépieds de tajine, le grill,et m'assois sur un petit banc, tables toile cirée, le cumin, le sel le poivre . Certaines cuisines se tiennent dans des anciennes maisons, (les riads traditionnellement), saule pleureur, fontaine et tables en extérieur, gazouillis d'oiseaux.
Si le vent décoiffe pique un peu, j'adore entrer dans la chaude petite pièce qui sera donc "le restaurant."
Vingt dirhams - 2 euros, pour préparation ; la bouilloire à thé toujours sur le feu.
La cuisine est aussi une affaire d'hommes. Dans les maisons familiales les femmes, gardiennes du feu, et de la petite famille (beaucoup d'hommes même à la maison aiment cuisiner)à l'extérieur, restaurants, cuisines, ce sont les hommes qui officient. Et quel talent !
Il y a dans ce pays un vrai sens du goût, (je me marre en pensant à la semaine du goût organisée annuellement en France, il suffirait d'organiser un petit stage au Maroc, pour ceux qui l'ont perdu, (le goût)....)
L'épluchage d'un légume, les doigts qui courent, qui coupent, les mains dans le feu sans se brûler, les mains qui mélangent, qui tournent les salades, la farine, .... la créativité, ...je reviendrai dans un autre message sur la cuisine.
Et puis en sortant de ma cuisine de rue, je passe à la petite "épicerie boissons fraiches droguiste "pour engloutir mon jus d'avocat journalier. (avocat, lait, sucre, autres recettes plus tard....)
J'adore inconditionnellement ce concept. C'est mon goût, je ne m'en lasse pas, ça me manque si je n'y suis pas.
Omar le magnifique
Omar est un monsieur délicieux et singulier. Il est l''Oncle Omar, puisqu'il est l'oncle de beaucoup d'enfants et de tous ceux qui ont la chance de le croiser. Il le devient par la force des choses, par le respect qu'il inspire, la tendresse, la bonne humeur, la lumière qui émane de lui, l'humour ravageur. Omar, c'est la classe naturelle, l'élégance dedans et dehors, la grâce même, et l'humain le plus humain.
Berbère originaire du rif au nord du Maroc, il a travaillé pour les Francais, dans une époque révolue, il a rencontré des mondes, des gens de tous pays. Il y eu Plusieurs tentives de débauches pour qu'il parte sur un autre continent,peut-être faire fortune, peu importe, il n'a jamais cédé, heureux et bien assez riche de sa propre vie. Puis, sa femme est morte ne lui laissant aucun enfant. Il avait des frères et des soeurs bien sûr, des neveux et des nièces, il a laissé là son héritage, pour les autres. L'argent n'apporte rien de bon.
Il préféra descendre vers Marrakech, s'installa sur une terre magnifique, au pied de l'Atlas, gorgée de soleil, pleine de promesses, et la montagne toute proche à explorer et à braconner.
Il monta sa cabane, deux pièces en pisé, une pour dormir, avec sa porte volontairement ouverte au dessus pour laisser les étoiles entrer. L'autre pièce, sa boîte à outils, là où il confectionne ses pieges à chacal ou à lapin, n'en déplaise aux défenseurs des animaux. A cette époque, on ne parlait pas encore de l'extinction du chacal, et Omar n'y a sûrement pas contribué, grand amoureux de la nature devant l'éternel. Cela n'était pas là son sport favori, juste le plaisir de grimper, de ruser, de respirer la beauté de la vie.
Son sport favori est plutôt le vélo, qu'il enfourche chaque jour encore maintenant, alerte sur ses 75 ans approximatifs.
Là pour voir un neveu, ici, un ami, à Marrakech sa sœur...
30, ou 50 km chaque jour, le régal de pédaler, de boire un thé en famille, de discuter de la saison, de partager un tajine ou le couscous du vendredi. Tout le monde invite Omar, tout le monde l'aime, il est drôle et bienveillant. Il parle à sa façon, cinq langues et peut converser à tout vent avec quiconque d'un ailleurs.
Et surtout, il regarde de son œil malicieux, il n'en reste plus qu'un, il scrute et on devine un ravin de bonté et peut-être d'un savoir sage. Il est de ces hommes qui connaissent quelque chose de plus, et sûrement plus qu'il ne veut bien laisser paraître.
Aujourd'hui, autour de sa petite maison, d'autres se sont accolées, construites par les neveux ou nièces, des enfants partout, des rires ou des pleurs, une vie. Des oliviers à perte de vue., des figues de barbarie...Chacun s'occupe de la terre. Tout le monde s'occupe de tout le monde et Omar peut rentrer tous les soirs dans sa petite chambre, heureux et reconnaissant . Son oeil veille sur les étoiles et les étoiles sur lui.





























